Avr 17 2014

Un après-midi au vert par un beau jour de printemps


Je suis allongée dans l’herbe, dans le bois de Vincennes, contre un jeune chêne, mi à l’ombre, mi au soleil.

Des voix d’enfants jouant sans relâche, des adultes bavardant, des pieds percutant des ballons tissent un fond sonore animé et joyeux, mais la nature est tellement prégnante que son silence recouvre cette toile sonore comme de la ouate, et fait jaillir les pépiements aigus des oiseaux et les doux frémissements des feuilles dans les arbres.
C’est une belle journée, et ici, en pleine nature, sa tonalité est résolument gaie et insouciante.
Allongée, j’ai une vision du bois à ras les pâquerettes, c’est le cas de le dire! Car là où je suis, le sol est garni d’herbe bien verte, et pissenlits et pâquerettes surgissent ça et là.
Face à moi, un autre jeune chêne bien planté inspire la rectitude, derrière lui se dessine la silhouette d’envergure magistrale d’un frère ainé. Cela m’impressionne toujours quand j’y prête attention…
Ça et là, abeilles, bourdons et autres insectes gazouillent. Soudain, deux papillons blancs rentrent dans mon champ de vision et m’offrent une danse gracieuse à deux, rejoints ensuite par un troisième papillon blanc. Tels des symboles de l’instant présent, et voilà qu’ils s’en vont déjà ravir d’autres regards… Quelle poésie, quel ravissement pour les yeux que ce spectacle fugitif qui est venu à moi. Et si l’abondance était partout dans chaque instant présent qui se vit consciemment?

J’ai envie de faire la sieste, après un bon picnic qui alourdit aussi bien mon ventre que mon esprit. Mais cette nature si éveillée et vivante me garde en émoi. La lumière solaire scintille sur toute cette nature verdoyante avec sa générosité printanière. Cette vitalité qui transpire dans la moindre parcelle de mon champ de vision est pour moi fascinante, réjouissante et apaisante. La capter, en être consciente, c’est un peu comme si cette vitalité était aussi un peu la mienne… En tout cas, elle nourrit mes sens.
Je ferme les yeux pour mieux m’imprégner des conversations débridés et chantantes des oiseaux. Ainsi, le son entre plus pénétrant dans mes oreilles en-chantées. Comme le rire des enfants au loin, la joie des oiseaux est intarissable.
Je me sens bien, heureuse, à peine mal au ventre comme de coutume après un repas de surcroit.
J’observe que dans cette simplicité d’être et de vivre, la maladie n’a pas d’accroche, n’a pas de raison d’être.
Mais ce moment de grâce est bien vite parasité: envie de faire pipi, mon autonomie s’est beaucoup réduite de ce côté là, depuis que les ganglions enflammés de mon système digestif occupent l’essentiel du volume abdominal disponible. Premier réflexe: je songe à rentrer bien vite à la maison pour éviter la catastrophe, quitte à rompre ce délice des sens. C’est ainsi que je procède habituellement, calant la durée de mon plaisir à celle de l’autonomie de ma vessie…
Je réalise soudain l’absurdité de la situation. N’est-ce pas l’occasion de fonctionner autrement afin de ne pas rompre cette vague de simplicité et de bien-être qui ne demande qu’à se dérouler à l’infini?
J’ose finalement me soulager derrière des arbustes non loin de là, et tant pis si des regards indiscrets percent mon audace, ça n’a pas d’importance!
D’ailleurs, tout le monde est bien trop occupé à vivre cette simplicité ici dans ce cadre délicieux pour prêter la moindre attention à ce genre de choses. Cela semble évident, mais fallait-il encore que je me le rappelle pour modifier mes vieux réflexes et ne pas me laisser envahir par la peur et la honte …
J’observe toutes ces personnes qui prennent du plaisir avec cette grande simplicité. Il semble que la nature nous re-connecte avec les plaisirs simples de la vie et à notre capacité au bonheur. Et si la simplicité était la source du bonheur? et de la guérison? …
Mes yeux se referment, je finis par glisser dans un sommeil léger mais néanmoins agréable et récupérateur…
Le fond sonore humain a baissé, il semble que chacun rentre chez soi. Des feuilles me tombent dessus à plusieurs reprises, comme pour me signifier que c’est l’heure aussi pour moi de partir.
Sur le chemin du retour, je cueille quelques fleurs sauvages ça et là qui poussent à profusion, de quoi faire un beau bouquet avant de retrouver le bitume et d’emporter avec moi un peu de la magie de ce bel après-midi passé au vert…

Laisser un commentaire