Fév 16 2016

Qu’est-ce que guérir? (2/N)

Avec le temps, j’observe que ma vision de la guérison évolue. D’une part, je n’aurais pas cru, au tout début de l’annonce de la maladie, que je serais encore là à démêler les noeuds de cette pelote emmêlée 30 mois après. D’autre part, je prends conscience, au fur et à mesure, de toutes les imbrications et interactions de différents aspects et que la guérison est un vaste chantier. J’ai toujours su que j’allais devoir retrousser mes manches, que guérir c’est avant tout de prendre sa vie en main, de prendre sa part de responsabilité et de laisser le reste à la volonté de la vie et de la mort, en toute confiance et lâcher prise. Mais entre le prétendre et le vivre, c’est une toute autre histoire!

Puisque je ne suis pas en mesure aujourd’hui de délimiter les contours de la guérison, je peux peut-être commencer par explorer ce que je crois que « ce n’est pas » ou que « ça n’est pas seulement »?

On a déjà vu que guérir, « ça n’est pas seulement » une histoire de marqueur sanguin. D’un point de vue physiologique, si une chimiothérapie peut, dans certains cancers, réduire le nombre de cellules cancéreuses en deça du seuil admis, en revanche, elle n’aide pas le système immunitaire fragilisé, voir anéanti, qui est censé prendre la relève, après la chimiothérapie. On voit bien que cela pose un problème et que le patient ne peut pas se contenter d’ouvrir le bras une fois par mois pour se faire perfuser….

Il semble essentiel de se préoccuper du devenir de son système immunitaire si on veut pouvoir vivre en état de santé physique acceptable par la suite Cela m’est apparu (à tord ou à raison) comme le tronc de l’arbre de la guérison, mais on voit bien que ce tronc appelle ses branches et ses feuilles, ces dernières, dans la nature, procurant l’oxygène nécessaire pour alimenter l’arbre tout entier. Et bien là, c’est pareil: on ne peut pas parler de la bonne santé du système immunitaire, si on ne parle pas de tous les aspects qui le maintiennent en bonne santé, c’est-à-dire tout ce qui le nourrit, la qualité de l’environnement (l’air, l’eau…), l’alimentation, la qualité des relations affectives, la qualité de la vie au sens large, le sens de la vie, etc…

Je ne développerais pas ici, c’est bien trop vaste, chaque sujet mérite tellement plus qu’un simple article!

Mais il s’agit ici, et surtout, pour celles et ceux qui se sentent concernés, de réfléchir aux branches que vous pouvez explorer et sur lesquelles, surtout, vous pouvez agir pour essayer de renforcer votre système immunitaire qui fait défaut et devenir acteur de votre guérison. Il est clair que cette part là, ce n’est pas votre oncologue qui pourra la faire à votre place!

L9fzmJ’imagine que beaucoup d’entre vous, comme moi, ont déjà ratissé large de ce côté-là, et que ça ne suffit pas. Comme j’observe encore aujourd’hui mes désordres alimentaires par exemple, ou bien encore mes relations affectives, je vois bien qu’il y a encore beaucoup à faire. Je vois bien que ça n’est toujours pas « ça ». Mais ce pessimisme oublie qu’il a fallu, dit-on, huit ans pour fabriquer ce cancer, et sans doute plus pour autoriser la première « graine » à se propager, et que déconstruire ce qui a été construit, n’est pas forcément l’affaire de quelques mois, voire quelques années. J’ai envie de croire que tout ce travail, bon an mal an, agit en souterrain, à reconstruire des fondations qui étaient branlantes. J’ai envie de croire, que même si c’est loin d’être parfait, ce processus m’apprend à prendre mieux soin de moi, à voir aussi mes limites, à dérouler le film à l’envers et au ralenti, pour voir là où, un jour, la machine a commencé à dérailler…. Ce n’est pas forcément une finalité en soi, juste un fil qui dépasse dans la pelote emmêlée, une façon de se mettre en marche et d’apprendre à mieux se connaître. Je n’oublie pas que certaines guérisons sont fulgurantes et ne passent pas nécessairement par ce parcours du combattant, l’idée n’est pas de combattre d’ailleurs, mais plutôt d’arriver à aller vers une plus grande simplicité, par un apprentissage de la vie autrement, en mettant dans toute cette approche, le plus de douceur, de patience et de légèreté possibles. Car dorloter son système immunitaire, c’est avant tout un chemin d’apprentissage pour entrer en amour avec soi-même…

N’hésitez pas à partager dans les commentaires vos idées sur le sujet et/ou ce que vous avez entrepris dans ce sens. On se retrouve dans un prochain article pour poursuivre cette exploration.

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