Jan 20 2016

Qu’est-ce que guérir? (1/N)

ArbreQuel est le sens d’écrire un tel article? Certainement pas de répondre à cette question d’une manière formelle. Cela fait plus de deux ans et demi que je réfléchis à ce sujet et que je n’aboutis qu’à la conclusion que je n’ai pas fait le tour de la question! J’ai la vague intuition que si un jour je trouve une réponse à cette question qui est aboutie pour moi, ce sera aussi le jour où je pourrais dire « je suis guérie ». Il est intéressant de constater que je visualise la guérison comme un champ vaste et illimité, tel un arbre qui s’étendrait indéfiniment vers le ciel. Est-à dire que je ne peux pas, aujourd’hui, concevoir que je peux un jour envisager de guérir complètement? …. Je crois en tout cas que la guérison dépend de l’alignement entre la représentation que l’on peut en avoir dans la tête et l’actualité physique, et qu’il est aussi important de se préoccuper de ce que l’on ressent et pense à son sujet que de sa santé physique.

Au travers de cette série d’articles (dont le nombre N est donc à ce jour indéterminé), je vais donc tenter d’explorer quelques branches de cet arbre dont l’ossature semble toujours en devenir, aussi bien pour m’aider moi-même à cerner mes propres limitations et à ajuster ma pensée sur l’idée que je me fais de la guérison, que pour inviter le lecteur à cerner ses propres représentations sur ce sujet.

Pour le médecin, et plus particulièrement pour l’oncologue (ou cancérologue), le diagnostic de guérison est complètement régit par les marqueurs de cancer, ceux que l’on mesure aux analyses de sang et qui doivent passer de façon durable et stabilisée sous un certain seuil. Il est intéressant de constater que pour eux aussi, les contours de la guérison ne sont pas représentables, puisqu’alors, il n’est question que de rémission, comme si la personne, une fois « touchée » par un cancer ne sera jamais plus qu’en état de sursis! Et de ce fait, le marqueur de cancer n’est qu’un indicateur partiel de la guérison! Il indique juste que le patient a un nombre de cellules cancéreuses en dessous ou au dessus de la « norme » représentée par un système immunitaire qui peut, en principe (c’est-à-dire en état de bonne santé) maitriser la réplication cellulaire. Mais voilà, le système immunitaire est-il alors en mesure de pouvoir contenir le développement de ces cellules si jusque là il n’a pas été en mesure de le faire?

On voit bien là que la seule réponse du marqueur de cancer ne peut pas délimiter les contours de la guérison.
Néanmoins, je serais contente de pouvoir vous annoncer un jour que j’aurai enfin passé cette limite, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui! Car il est évident que lorsque vous êtes en mesure de le faire, bons nombres de symptômes diminuent ou disparaissent, et que vous pouvez espérer entrer (ou consolider) dans un cercle vertueux de guérison, sans en plus, avoir la peur au ventre que vous allez y passer! Votre corps et votre esprit soumis au stress permanent de l’envahisseur, peuvent enfin trouver un peu de repos, bien que l’ombre du sursis plane et ne vous donne pas totalement la paix de l’esprit. Enfin, j’imagine, car encore une fois je n’en suis pas là!.

Mais je peux l’imaginer, d’autant que j’ai assisté à une scène mémorable, entre un oncologue et sa patiente lors de sa dernière séance de chimiothérapie. C’était à l’hôpital un jour que je me faisais « carotter » la moelle osseuse (biopsie) pour le diagnostic approfondi du lymphome. L’hôpital de jour n’avait pas les moyens de m’accueillir dans une chambre individuelle seule. Je me suis donc retrouvée (véridique!) dans une chambre de 6m2 en compagnie d’un jeune couple dont la femme se faisait traiter pour la dernière fois et j’ai assistée à la consultation de clôture avec son oncologue en toute in-condidentialité! Ceci étant dit, même si c’est un peu choquant, je remercie la vie d’avoir pu être le témoin indiscret de cet entretien si instructif qui m’a profondément marqué et fait entrevoir une réalité possible d’un « après » et le désir d’aller vers un autre chemin de guérison.

Je n’oublierai jamais le visage inquiet de cette jeune femme et de son mari qui étaient sensés rayonner de joie car c’était la dernière séance. Mais la menace de la rechute planait déjà au dessus de leurs têtes. Comment repartir dans la vie avec une sentiment de confiance? J’ai discuté ensuite avec eux, ils ont évoqué l’espoir de la « chance », totalement sous l’emprise de la peur, et de celle de l’oncologue qui n’était pas franchement optimiste et rassurant dans ses paroles.

Cette expérience mémorable est pour moi un moteur à me poser cette question « qu’est-ce que guérir? »

S’il s’agit de parvenir à se maintenir en vie, de vivre en sursis, alors à quoi bon? C’est forcément autre chose, non?

Si ça vous intéresse de réfléchir à cette question et de partager vos pensées, n’hésitez pas à le faire dans les commentaires, et on se retrouve dans un prochain article sur ce thème pour explorer d’autres voies.

 

 

 

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