Mai 18 2014

Ne me libérez pas, je m’en charge! *

* Titre emprunté à Michel Vaujour et au documentaire du même nom, réalisé par Fabienne Godet, à voir et à revoir absolument!

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Deux semaines déjà se sont écoulées, depuis que j’ai « séché » la dernière séance de chimiothérapie, et surtout, depuis que j’ai décidé de m’en passer définitivement. Même si je vois déjà pleins de bonnes raisons d’être passée par l’étape de la chimiothérapie dans mon parcours de guérison, souvent me vient la question du sens de tout cela. Pourquoi avoir d’abord refusé la chimio, fait mon parcours « buissonnier », puis suivi trois séances de chimiothérapie (choix validé par les entités de la casa de John of God) pour finalement y renoncer? Est-ce bien le « bon » choix pour moi? J’entends déjà une petite voix me souffler à l’oreille qu’il n’y a pas de bon ni de mauvais choix, mais malgré tout, je ne peux m’empêcher de me poser ces questions …

Aujourd’hui (demain mon regard sera peut-être différent), il me semble que cela prend tout son sens. D’abord, j’ai lâché prise sur le fait de ne « jamais toucher » à la chimio. Au fond de moi, je « savais » que je n’y échapperais pas, et curieusement, telle que je m’étais « programmée », cette croyance entravait ma guérison tant que je n’y « passais » pas.
En second lieu, j’avais jusque là cette croyance paradoxale que je « devais » guérir à tout prix en « échappant » à la chimiothérapie (tout en croyant dans le même temps que je n’échapperais pas à la chimio, sic!). Cette double injonction paradoxale à « guérir vite et bio » et « moins vite et avec une chimio », constamment ballotée par des analyses de sang et un état de santé toujours en baisse, me mettait une pression pas possible et générait en moi beaucoup de fatigue nerveuse, en elle-même, véritable obstacle àma guérison. Par la force des choses, ayant finalement acceptée la chimio et commencée le traitement, cette croyance s’est relâchée pour tomber d’elle-même comme un fruit bien mûr tombe de l’arbre. J’ai alors enfin pu m’autoriser à me reposer nerveusement et aussi physiquement. J’ai mieux accepté l’idée que la guérison pouvait prendre du temps et que je ne contrôlais ni son déroulement, ni la forme qu’elle prenait, j’ai enfin pu me détendre et cesser de chercher à résoudre un casse-tête qui ne trouvait pas de solution, et de ce fait, donner le signal (et les rênes) à mon corps pour se mettre en mode d’auto-guérison! Ca a peut-être l’air de rien, mais ce repos de l’esprit est vraiment essentiel pour guérir. Dans ce contexte pacifié, je me suis « contentée » de faire la part que personne ne pouvait faire à ma place, autrement dit, de faire ma part, d’une façon apaisée: prendre soin de moi en mangeant de mieux en mieux (selon mes croyances) et me reposer.


En troisième point, pour pallier aux effets secondaires du traitement chimique, j’ai du également redoubler de vigilance sur ma façon de manger, et je suis passée à une alimentation vivante crue (à 80% environ). Une grande partie de mon attention s’est alors reportée sur cette activité – CRU-siner – qui m’a apporté, comme une cerise sur le gâteau, beaucoup de joie et un dérivatif efficace à tous mes soucis du moment. Cela m’a été bénéfique au delà de toutes mes espérances, car aujourd’hui, j’attribues un rôle majeur à ce régime plein de vie dans ma guérison et mon regain de vitalité!
En quatrième point, crusiner, activité ludique, créatrice et joyeuse, m’a permis de sortir encore davantage de l’attente de la guérison et de son résultat, et de plonger dans la joie que procure le parcours de guérison quand on est pleinement et présentement dedans, sans souci du lendemain.
Enfin, j’ai pu vivre une expérience précieuse qui me permet de me sentir aujourd’hui, plus proche des personnes qui vivent une chimiothérapie.

Mais, sur le plan symbolique, il est une raison qui me touche plus directement encore: jusqu’à présent, refuser la chimiothérapie, c’était comme regarder une prison de loin et affirmer « je n’irais jamais en prison », sans véritablement prendre conscience que j’étais déjà en prison! Comment pouvais-je alors envisager une possible libération dans ce contexte?
En faisant l’expérience d’une chimiothérapie, c’est comme si j’avais aligné le plan matériel aux plans moins visibles mais non moins là de ma réalité: je suis en prison dans mon corps et dans ma tête, et la chimiothérapie me ramène à cette réalité d’une manière plus tangible et plus explicite.
Ces trois séances de chimiothérapie m’ont permis de me confronter à cette réalité, de pouvoir accrocher mes mains aux barreaux de ma cellule en sentant grandir en moi le souhait de m’en libérer.

Lorsque j’ai décidé de ne pas aller à la dernière séance de chimiothérapie et de ne plus y aller du tout, je suis sortie de ma prison. Mais ce n’est peut-être pas le plus important, c’est juste la conséquence de quelque chose de plus important encore. J’ai cessé de tenir mes mains aux barreaux de ma prison, je me suis retournée et j’ai réalisé que la porte de la prison était ouverte. Seule la peur me maintenait enchaînée dans cet espace réduit. Si j’en étais consciente parfois, je n’arrivais pas, malgré tout, à sortir de l’emprise de cette peur! Mais cette fois-ci, malgré des résultats sanguins troublant (hausse légère pour le marqueur du cancer), véritable support de la peur, je ne me suis plus laissée happer par elle. Comment cela a-t-il pu se produire cette fois-ci et pas avant? Le déclic! le fruit mûr! Parce que je suis maintenant habitée d’une force intérieure nouvelle, insufflée par le désir de vivre en pleine santé et par la vitalité des fruits et légumes crus qui font désormais partie de ma vie. Cette force me donne confiance en mes propres ressources et me relie à la bienveillance de la vie, qui est tellement plus simple que ce que l’on nous sert à longueur de journée (manger des fruits est bien plus simple que rentrer dans le processus de guerre et le parcours du combattant de la chimiothérapie, et en plus ce n’est que du bonheur pour les papilles et tout court!).

Ecouter l’intérieur au lieu de me laisser happer par les peurs venant de l’extérieur: dans mon ressenti, le ciel est sans nuage, pourquoi devrais-je « chercher » des nuages à l’extérieur de moi et m’en encombrer? Pourquoi devrais-je donner plus de poids à ces peurs extérieures qu’à ma paix et ma certitude intérieures? Esclave de mes peurs depuis tant de mois, que dis-je, depuis tant d’années! Il est grand temps pour moi de m’émanciper!

porte ouverteCette expérience sur le chemin est donc une véritable opportunité de m’affranchir de mes peurs et de retrouver le contact avec ma boussole intérieure. Je peux me libérer, aussi bien sur le plan symbolique que sur les plans physique, émotionnel et psychologique. Il n’y a pas grand chose à faire, et en tout cas, pas en force, il suffit juste d’accepter de voir que la porte est ouverte, de réaliser que je suis libre et de faire le pas pour franchir le seuil de la porte!
Quelle perfection dans le déroulement des évènements! Si propice à réaliser mon chemin et à me permettre de comprendre et de vivre exactement ce que j’ai besoin de vivre et de comprendre!

Comment ne pas ressentir de la gratitude! Gratitude pour ce chef d’orchestre invisible qui est si bienveillant à mon égard et qui a tellement de tours dans son sac et d’ingéniosité sans limite pour me permettre d’accomplir ma route dans les meilleures conditions !!!

 

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