Sep 14 2015

Fenêtre sur ciel

Depuis quelques mois, j’ai passé beaucoup de temps alitée, la douleur dans le ventre envahi par des visiteurs indésirables et sans gène, les poumons essoufflés par une pleuré-sie et des jambes flageolantes et amaigries qui me portent difficilement. Je croyais être sorti de ma prison (je fais référence à l’article suivant), et voilà que l’illusion tombe cruellement: je suis plus que jamais avec la sensation d’être enfermée entre quatre murs, avec le découragement en plus et un peu de naïveté en moins … Dans cet immobilisme forcé, je ne peux pas échapper à mes pensées incessantes. Si je m’agite, avec le peu de force qu’il me reste, l’effet boomerang se fait ressentir très vite. Cela ne m’empêche pas de le faire encore, le mental est coriace et les habitudes tenaces. Le corps se mettrait-il en grève pour délivrer un message? Et le patron en moi sera-t-il suffisamment intelligent pour en prendre la mesure et entrer en phase de dialogue avec un sincère désir de trouver une solution satisfaisante pour chacune des parties? Et cette instance en moi qui précisément à cet instant même est en train de juger tout ce petit monde en se prenant pour l’arbitre, peut-elle faire silence un instant? Le temps de laisser tout cela de côté, d’arrêter d’accorder de l’importance à toutes ces choses là, la douleur, la maladie, les questionnements sur le futur, le moi, moi, moi, et encore moi… le temps de goûter à cet immobilisme, fermer les yeux et goûter à la permission de ne rien faire, absolument rien, sans culpabilité, sans jugement, sans commentaire… le temps que cela veut bien durer, sans regarder l’heure, sans répondre au téléphone, sans réagir à l’envie de grignoter une petite douceur…

Des mois durant où ce genre de scénette se répète quotidiennement inlassablement, comme si l’usure du temps pouvait venir à bout d’un mental omniprésent. Et puis, quand je ne l’attends plus, soudain, depuis un endroit insondable pour mon mental à l’affût, surgit un instant de grâce où le silence absorbe tous les bruits, et une sorte de douceur paisible envahit tout mon être. Alors j’ouvre les yeux et, depuis la fenêtre de mon salon, je peux accueillir le spectacle du coucher de soleil, laisser mon petit moi voyager dans le ciel infini et cesser de me préoccuper de tout ce qu’il m’arrive. Dans ces moments de grâce, je sais que la cage n’a pas de barreau, et puis ensuite, j’oublis ou bien j’intellectualise (comme ici pour ne pas oublier et me donner du sens …). Ma tête a beau s’échiner à trouver des solutions dans son espace-temps limité avec sa propre logique à elle, je sens que la guérison EST déjà, autre (que celle que j’attends et bien au delà de ce que je peux imaginer et espérer), ailleurs, hors du temps, et qu’il n’y a pas d’autre réalité que celle-ci, même si elle semble si insaisissable et si inacceptable dans ce monde-là. Et pourtant, la vie continue ici-bas, inutile de chercher à s’en échapper, ni de s’y accrocher d’ailleurs, juste pouvoir revenir de temps en temps à ce qui se présente à moi, depuis l’observateur silencieux et paisible, cet ami fidèle, inséparable et méconnu, dans l’arrière plan de mon mental …

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